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Le silence est un élément essentiel de la musique. Ceux qui en douteraient peuvent lire Villiers de l'Isle Adam Don Bedos avait donné sa plume au père Engramelle quand il s'est agit d'expliquer l'art de noter les cylindres. Je ne peux que me tourner vers lui pour parler du silence, élément tellement important de la musique mais tellement délicat à manier. Je remercie au passage l'association "perforons la musique", qui a édité pendant plus de 10 ans "les cahiers de perforons", mine extrêmement précieuse d'informations de toutes sortes sur les orgues . (nota: "La tonotechnie Ou L'art de noter les cylindres,et tout ce qui est susceptible de notage dans les instruments de concerts méchaniques" du père Engramelle a été rédité en 1993 chez Hermann et est disponible en librairie . ) Voici donc un extrait de la tonotechnie du père Engrammelle § II : DES SILENCES D'ARTICULATION
Il n'est point d'articulation dans
l'exécution de la Musique, non plus que
dans le notage, si toutes les notes, ou plutôt les tenues de ces notes,
et toutes les parties constitutives des tenues composées, ne sont
suivies de Silences pris aux dépens de leur valeur.Ces silences doivent varier suivant le genre d'expression qui convient à la pièce : dans les airs gais, ils sont ordinairement plus considérables que dans les gracieux. C'est le goût du Noteur qui doit en décider. Cependant on peut généralement les distinguer en Silences de reprise d'haleine, de coup de langue, de détachée, de liée, et d'intervalle de cadences. Le Silence de reprise d'haleine est celui qui termine toujours la fin des reprises, ou la fin des phrases dans le courant de la pièce. Celui à la fin des reprises est ordinairement de la valeur d'une noire entière, et même souvent d'une noire pointée; et celui à la fin d'une phrase est ou d'une noire, ou d'une croche pointée. Le Silence de coup de langue est d'une croche entière après les noires, et même quelquefois d'une croche pointée après les noires tactées (nota tactées = piquées, staccato), et au moins d'une croche après les blanches, et des trois quarts d'une croche après les croches. Le Silence de détaché est toujours d'une double-croche, et quelquefois un peu plus, suivant le genre plus ou moins lié de l'air. Le Silence de liée est d'une triple croche, et quelquefois d'une triple-croche pointée. Le Silence des modules des cadences ordinaires est de la moitié de la valeur de chaque module; c'est-à-dire, d'une quadruple-croche si le module est d'une triple-croche; ou quelque chose de plus si le module n'est que d'une triple-croche pointée, ce qui arrive le plus souvent. Ces règles sont les plus générales, et on ne les trouvera enseignées dans aucun auteur de musique; cependant, quoique la valeur de ces silences soit la plus ordinaire, il est quelques circonstances que le bon goût seul sait saisir, qui font varier ces silences au besoin, ou pour lier, ou pour détacher certains passages qui exigent une expression particulière; il arrive même quelquefois que les noires pointées, les blanches et les rondes mêmes, ne sont que de simples tactées, pour laisser travailler, pendant un silence considérable, les parties d'accompagnement, lesquelles seraient étouffées par des tenues trop prolongées: c'est assurément par le défaut de cette connaissance que ceux. qui exécutent même de la bonne Musique déplaisent souvent par une espèce de pesanteur ou de sécheresse qui ennuie. Pour se convaincre de la nécessité de ces Silences à la fin de chaque note, qu'on exécute sur un Orgue, un Clavecin, Epinette, ou tout autre instrument à clavier que ce soit, tel air qu'on voudra; et qu'en l'exécutant, on fasse plutôt attention à l'exécution qu'à la manière dont on le note sur le papier. On s'apercevra qu'un doigt qui vient de finir une note, est souvent levé longtemps avant qu'on ne pose le doigt sur la note suivante, et cet intervalle est nécessairement un silence. Or, si l'on y prend bien garde, il se trouvera entre toutes les notes de ces intervalles plus ou moins longs, sans lesquels l'exécution serait nécessairement mauvaise. Il n'est même pas de modules de cadences qui ne soient séparés par de petits intervalles très-courts, entre la levée et la pose des doigts sur les touches : ce sont tous ces intervalles plus ou moins longs que j'appelle les Silences d'articulation dans la Musique, dont aucune note n'est exempte, pas plus que la prononciation articulée des consonnes dans la parole, sans lesquelles toutes les syllabes n'auraient d'autre distinction que le son inarticulé des voyelles. Un peu d'attention dans la prononciation sur l'articulation des syllabes fera apercevoir aisément que, pour produire l'effet de presque toutes les consonnes, le son des voyelles se trouve suspendu et intercepté, soit en rapprochant les lèvres l'une contre l'autre, ou en appuyant la langue contre le palais, les dents, etc... Toutes ces suspensions ou interceptions du son des voyelles sont autant de petits Silences qui détachent les syllabes les unes des autres, pour former l'articulation de la parole; il en est de même pour l'articulation de la Musique, à cette différence près que le son d'un instrument étant partout le même, et ne pouvant produire, pour ainsi dire, qu'une seule voyelle, il faut que les Silences d'articulation soient plus variés que dans la parole, si l'on veut que la musique produise une espèce d'articulation intelligible et intéressante. Dernière mise à jour le 24/11/06. |